IFB - Pi sauve la France PDF Imprimer Envoyer
Nos deux derniers représentants tricolores en simple avaient l’occasion de s’illustrer, aujourd’hui, dans deux duels franco-anglais. Mathieu Lo Ying Ping a chuté (au propre comme au figuré !), et à l’issue d’un match-marathon d’une intensité exceptionnelle, Pi Hongyan s’offre un quart de finale inespéré vu son état de forme actuel. Comme d'habitude, ce sera la dernière Française du tournoi.

Par Thierry Lacour, en direct de Coubertin. Photos, Badmintonphoto.

Au bout du suspense… Pi Hongyan terrasse Elisabeth Cann

C’est en tant que dernière Française en lice que se présente, à 19 h, sous les hourras, notre Pi nationale. Autant dire que l’attente du public est grande, et qu’elle porte toute l’espérance, tout le chauvinisme français, sur ses frêles épaules. Heureusement que ce n’est pas sur ses genoux, qu’on sait si fragiles. Les poignets et les bras sont solides, eux, et très précis. Elisabeth Cann, son adversaire du jour vient souvent ramasser les volants sans avoir pu les toucher... Le coeur ? Fringant. Les yeux ? Des lasers. La tête ? Froide. Alouette… En tout cas, ce sont les volants qu’Elisabeth plume avant d’engager, pour souffler. Pi lui aura laissé servir que quelque fois, dans ce premier set. De quoi glaner 14 points.

Au 2ème set, Cann essaie de fatiguer Hongyan, de l’user. Et ça marche. C’est la tricolore qui cherche son souffle, et se fait même réprimander par l’arbitre pour prendre trop de temps entre chaque échange. Elisabeth ? Yes, she can ! C’est elle qui atteint la pause avec trois points d’avance. Mais Hongyan a de la ressource, et un fond de jeu extraordinaire, qui la fait passer devant grâce à une série de points gagnés au filet avec une précision hallucinante. Puis elle fait travailler son adversaire. Elisabeth se tient les hanches, secoue la tête et s’essuie le visage, se demandant comment contrer la Française. La Francaise a quatre volants de match.

Mais le fighting spirit anglais est légendaire… Elisabeth en sauve trois. Dans un silence de cathédrale, seulement rythmé par les coups secs des raquettes précédés du chuintement de l’air dans le tamis, un terrible échange voit le volant de la numéro un tricolore finir dans le filet, alors qu’elle avait pris l’avantage dans le jeu. C’est encore le filet qui contrarie l’espoir de Pi d’en finir en deux sets. Un immense cri de déception jaillit de toutes les gorges. Il lui faudra batailler encore un set pour venir à bout de cette coriace joueuse anglaise.

Au début de la manche décisive, son merveilleux toucher semble abandonner la championne française, qui met quelques volants « out » de 20 cm. Elisabeth, elle, est en pleine confiance, elle est aussi plus fraîche. Cette fois, c’est Pi qui regarde, impuissante, les volants tomber loin de sa raquette. Les spectateurs souffrent de la voir tenter de grappiller des secondes entre chaque point. Se concentrer. Tout donner. Pour son public, qui la pousse d’autant plus qu’il la sent en difficulté. 11/11. C’est un vrai combat maintenant, elles se rendent coup pour coup. Même la longiligne et athlétique Anglaise semble épuisée. Elles s’arrêtent pour boire. Cela doit cogiter, bouillir dans les veines… Qui du sang-froid anglais ou de la détermination Franco-chinoise l’emportera ? Bien malin qui pourra le prédire, à 18/18. Au bout d’un échange marathon, où le volant effleure même le filet, Pi s’offre deux volants de match, une pause boisson, et un tonnerre d’encouragements. Dans un curieux mimétisme, le public s’époumone à l’unisson de sa favorite, et frappe de toutes ses forces dans ses mains, comme pour en donner à son idole. Le public se tait en voyant, médusé, Elisabeth se sortir les tripes pour revenir à un point au terme d’un rallye de folie. 20/19. Puis l’Anglaise smashe près de la ligne de fond de court. Chacun retient sa respiration le temps, qui parut une éternité, que le juge de ligne prenne sa décision. Un temps suffisant pour permettre à Pi de crier victoire. Cela ne dura en fait qu’une milliseconde, mais qui en parut dix. Le juge de ligne ouvre les bras, tel un nageur en début de brasse. Doucement. Très doucement. L’explosion de Coubertin couvre son timide « out », et l’arbitre de chaise de déjuge pas son assesseur. Elisabeth jette sa raquette de rage, et Pi salue son cher public sans en rajouter. Elle sera bien demain en quart de finale contre Xie Xingfang. Mais dans quel état ?

Score final : 21/14, 20/22, 21/19 en 1 h 04 de jeu.

Réactions :
Pi Hongyan : « Je suis très heureuse d’avoir gagné ce match dans des conditions difficiles. C’était un combat contre une adversaire valeureuse, qui a très bien joué, mais j’ai dû aussi me battre contre moi-même, contre mon physique limité… et j’ai puisé dans mes réserves. Je me disais : il faut tenir, point après point, j’essayais de ralentir le rythme, prendre mon temps, c’était dur ce soir. Le point de match ? Pour moi, il est neutre. Il pouvait se voir dehors comme dedans. (Note de Badzine : à la vidéo, le volant de Cann semble dehors) Un autre point litigieux a tourné en sa faveur au 2nd set, là c’est pour moi. C’est le jeu ! Maintenant, il faut que je récupère le plus possible pour faire un bon match demain »

Fabrice Vallet, son entraineur : « Elle m’impressionne vraiment. Pouvoir jouer comme cela, dépenser autant d’énergie, alors qu’elle n’a qu’une semaine d’entraînement ! Quand on pense que son dernier vrai match, c’était aux Jeux Olympiques…

« Faudrait faire des matches nuls, parfois, mais cela n’existe pas… » Un spectateur philosophe.

Mathieu Lo Ying Ping chute en 1/8

A son entrée dans la halle de Coubertin, l’énorme ovation du public fait sourire Mathieu. L’Anglais est prévenu, il ne sera pas beaucoup applaudi, aujourd’hui. Mais Baxter ne se laisse pas manger par le Français au tempérament de feu et aux smashes rageurs. Il ne compte qu’un point de retard à la 1ère pause, en partie grâce aux quelques volants dehors de Mathieu. C’est lui le créateur, lui qui prend les risques, qui tente les coups les plus osés. Mais cela ne passe plus en fin de set, Carl en profite pour prendre six points d’avance.
« Je lui ai dit d’être plus patient et de construire ses points » nous confie son coach Arif Rasidi.

Au début du 2nd set, c’est exactement ce qu’il fait, poussant Carl en fond de court, et venant cueillir ses trois premiers points en rushant au filet. Les deux joueurs ont des jambes de feu, avec un premier appui très rapide, faisant résonner le parquet de Coubertin, ce qui occasionne des échanges spectaculaires, d’une vitesse rare. Mathieu varie ses coups, joue aussi au filet. Cette fois, il compte deux points d’avance à la pause. Malheureusement, les volants de Mathieu ont à nouveau une folle envie de finir dans le couloir. Il a beau plonger et se relever, l’Anglais remet tout, et attend les fautes. Un n-ième smash dans le couloir lui fait tomber la raquette des mains, de dépit. Sur le point suivant, Carl trouve la ligne, en s’offrant quatre volants de match. Le 2ème lui suffit. Score : 21/15, 21/17.
C’est un gamin aux genoux et aux coudes écorchés, les cheveux ébouriffés, que l’on retrouve à la fin du match. Il garde le sourire malgré la défaite, et résume le match avec une lucidité qui lui a manqué sur le terrain : « J’ai fait des erreurs tactiques, trop de fautes bêtes, j’ai été trop impatient, en sur-régime… »

Lebuhanic/Matias perdent aussi

La dernière paire de double française, composée de Barbara Matias et de Perrine Lebuhanic, affronte la paire néerlandaise Judith Meulendijks et Yao Jie. Les filles tiennent bon dans le début du 1er set. Puis elles concèdent des points, un peu plus que leurs adversaires. Petit à petit, on s’aperçoit qu’elles sont juste un peu moins bonnes, dans tous les compartiments de jeu. Dans ce cas, rares sont les surprises… Elles perdent 21/13, 21/11. A la fin du match, Barbara ressent de la frustration : « Ce n’était pas un match agréable. On savait que Yao Jie était un peu souffrante du dos, et il fallait la faire jouer. De leur côté, elles jouaient tout sur moi car j’ai une frappe moins puissante que Perrine. Du coup, on ne s’est pas beaucoup amusé sur le terrain. De plus, c’était la 1ère fois qu’on jouait ensemble, et cela n’a pas très bien fonctionné… » Un match à vite oublier, donc.

Demain, le quarts de finale de Hongyan se jouera a 9 heures.

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Commentaires
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maunetie  - Comme si on y était   |89.85.56.xxx |2008-10-31 15:09:08
Superbe récit.........Notre journaliste était il sur la chaise d'arbitre pour
si bien ressentir le jeu, les tensions, et les retournements de situation?

Dommage que sur les points litigieux les arbitres n'annoncent pas
"let". La victoire n'en serait que plus belle.

Etienne

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